Les limites de l’économie partagée

economie_partageEconomie du partage ou économie collaborative : le mouvement fait de plus en plus d’émules. Ce qui n’empêche pas dérives et limites quant à la sincérité de son engagement solidaire (Elodie Vialle) ou son efficience écologique (Antoine de Ravignan).

Les systèmes de partage et d’échange remportent en ce moment un incontestable succès, favorisé par le Net et les réseaux sociaux. Les deux leviers principaux en sont la mutualisation – des biens, des services et des fonds (finance participative) – et le réemploi (dont le marché de l’occasion). Les premiers postes de dépenses pour les familles concernent la voiture et l’habillement, devant l’ameublement et l’électronique, à l’origine, selon l’Ademe , d’un tiers des déchets des ménages.

L’ensemble des biens partageables (alimentation, santé, éducation, logement) représenterait 25% des dépenses des familles (Insee). D’où l’engouement pour cette économie partagée qui, potentiellement, pourrait aboutir à une baisse de 7% des dépenses dans le budget des ménages, tout en contribuant à un cercle vertueux avec la baisse de la production des déchets et la limitation de la consommation des ressources nécessaires pour produire ces biens. Si l’un des effets du crowdfunding – court-circuiter les banques – ne soulève guère de critiques dans le grand public, d’autres pratiques collaboratives suscitent des doutes. Elodie Vialle (Youphil) cite au titre des dérives le cas d’Airbnb, location de logement entre particuliers, selon elle, «une entreprise tout à fait classique», permettant à beaucoup de multipropriétaires «de louer des appartements à des prix faramineux».

A Paris, on constate que nombre de propriétaires préfèrent louer à des touristes plutôt qu’aux Parisiens, eux-mêmes confrontés à une crise de logement et à la baisse du pouvoir d’achat. Antoine de Ravignan (Alternatives économiques, sept. 2014) relève que «l’économie du partage n’est pas en soi écologiquement vertueuse». Et de citer l’exemple de covoitureurs qui économisent de l’argent «pour le dépenser dans un voyage aux Seychelles». On peut faire mieux en matière d’empreinte écologique…

Un rapprochement de nature à faire naître l’économie de demain

Faire de cette économie un levier de la transition énergétique suppose de remplir des conditions, poursuit A. de Ravignan, dont elle d’un «cadre fiscal et réglementaire favorable à l’éco-conception ou au recyclage des produits». Elodie Vialle suggère de son côté un rapprochement entre l’économie collaborative et l’ESS, chacune apportant à l’autre ses qualités : fluidité et interactivité d’un côté, souci du lien social de l’autre. Un rapprochement de nature à faire naître l’économie de demain.

(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’energie.

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